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Charlie Hebdo

Charlie Hebdo

Comment j'ai obtenu mon Charlie Hebdo,
Mercredi 14 Janvier 2015


Mardi 13 Janvier 2015, je suis assis confortablement dans mon lit avec mon laptop en train de mater “House of Lies”; je m'affaisse petit à petit sous ma couette, je commence à fermer l'oeil. 
C'est là que je reçois un appel, il est 23h30:

“- Salut Tintin c'est Papa. Dis, tu peux me rendre un GRAND service ?
- Coucou… oui, bien sûr.
- Demain, tu peux aller m'acheter le Charlie Hebdo ? C'est la sortie du nouveau numéro, celui d'après le drame, tu sais? Et comme ça tu peux me l'envoyer. (note: mon père habite à Los Angeles)
- Heuuu……………
- Tu te rends compte? C'est vraiment important.
- Non mais t'es mal tombé avec moi, je n'avais absolument pas prévu d'aller l'acheter.
- Je n'ai personne d'autre à Paris à qui demander, il n'y a que toi en qui j'ai confiance.
- Oui mais ça va partir à une vitesse folle, tout le monde va se précipiter dessus, ils vont tirer 3 millions d'exemplaires au lieu de 60.000! J'ai des courses à faire dans l'aprem, je suis sûr qu'il n'y en aura déjà plus.
- Alors vas-y plus tôt.
- Non mais c'est pas “tôt” qu'il faut y aller là… C'est très, très, très tôt…
- Tu n'as qu'à mettre ton réveil dans la nuit et faire la queue avant l'ouverture… *éclats de rire* 
*blanc* …
*long soupir* Bon bah c'est vraiment dommage, je voulais en encadrer au bureau. C'est historique. Tu te rends compte? Apparemment il va y avoir un dessin de Mahomet qui dit “Je vous pardonne”. C'est beau, c'est grand, c'est de l'histoire.
- Heu, ouais. Bon ben je vais essayer de penser à passer dans une presse demain, mais franchement ne compte pas sur moi. Je ne te garantie rien.
- *soupir* Ok… salut, bonne nuit.
- Oui merci. Bonne journée.“ (note: il y a 9h de décalage horaire)

Suite à cette conversation, évidemment, ma nature de gentil garçon me rattrape. Même si je tire souvent la tronche quand on me demande quelque chose, il ne m'est jamais arrivé de manquer à mon devoir. Car oui, je prends ces services rendus comme des devoirs. Désormais, je sais que ma conscience me hantera toute l'année durant si jamais je n'arrive pas à me procurer au moins un exemplaire pour mon père.

J'expire un long moment, je roule des yeux… J'ai pris ma décision.
Je coupe ma série et je commence à rechercher sur internet les horaires d'ouverture des kiosques à Paris… Pendant 5mn… 10mn… sans succès. Je tombe néanmoins sur un site qui m'indique qu'une application iPhone existe et qu'elle répertorie les 300 kiosques de Paris par quartier, horaire d'ouverture, et jours d'ouverture. Ca tombe bien, je n'ai pas d'iPhone.
Je lance facebook et je cherche dans mes contacts quelqu'un: 
- de connecté (assez facile, j'ai plus de 3000 amis fb)
- en France (relativement facile, cela représente la moitié de mes contacts)
- qui a un iPhone (un peu moins facile, mais quand même pas trop difficile)
- qui mettra pas une plombe à me répondre (là, ça se complique)
- qui acceptera de télécharger une app de merde à minuit un mardi soir, et de la trifouiller pendant 10mn pour me rendre service (là, putain, ma liste commence à sacrément s'alléger)
J'arrive à trouver le pigeon qu'il me faut (il se reconnaîtra), et 15mn de galère plus tard, j'ai la réponse que je cherchais: le kiosque qui se trouve Place du Colonel Fabien (entre le 10ème et le 19ème, à 10mn à pieds de chez moi) est supposé —d'après la fabuleuse application— ouvrir à 5h30 du matin.

Génial, moi qui avais prévu de profiter de ma journée au planning léger pour faire grasse mat’… 
Bref, je prends mon tél, je règle le réveil à 5h, et je le balance à l'autre bout de la chambre pour être certain de ne pas ”“"inconsciemment”“” couper cet enculé dans la seconde où il se met à sonner.

Je me couche; il est 1h du matin.

Je me réveille en sursaut, je regarde l'heure: 5h45. Merde!
Le réveil hurle plus fort que jamais et sans interruption. Je me demande vraiment comment j'ai fait, l'immeuble tout entier doit être au garde-à-vous à cause de cet enfoiré.

J'enfile les premières fringues que j'arrive à choper dans le noir, je me reluque dans le miroir une fraction de seconde, je prends peur… et je prends la fuite. Mes clefs, mon porte-feuille, —pas besoin de téléphone après tout, j'ai qu'une mini course à faire et je rentre terminer ma nuit— et je sors de chez moi, bien emmitouflé. 
“-Putain, quand même Paris… il caille ici, bordel. ”

Je commence à marcher, puis 100m plus loin je me mets à trottiner, sait-on jamais, je ne dois pas être le seul. 
Je me dirige d'abord vers Gare de l'Est, parce qu'après tout, c'est quand même plus proche.

Il y a déjà du monde dans la gare, normal. 
Premier Relay… deuxième Relay… j'entends tout les gens autour de moi poser la même question en s'excitant: “Charlie Hebdo? Charlie Hebdo??”, mais tous les dispensaires nous l'assurent: depuis 5h45, tout a été vendu.

Et M-E-R-D-E ! Il est 5h55.

Gros coup de chaud. 
Je me dis que je suis vraiment con et que c'était évident vu le traffic dans cette gare.
Je rebrousse chemin, d'un pas soutenu, je ne perds pas espoir: le petit kiosquier de la Place du Colonel Fabien a dû voir moins de monde passer; il doit forcément lui en rester.

J'arrive devant, il est 6h07. Le kiosque est fermé. “Heu… What the fuck?”
Dans le coin, pas un chat. Je ne suis pas sûr de bien comprendre comment j'ai pu passer du bordel de la Gare de l'Est au calme plat de la Place du Colonel Fabien, qui ne sont pourtant pas si loin l'une de l'autre. J'hésite quelques instants mais je ne veux pas non plus perdre trop de temps à réfléchir. 
Sur le kiosque, aucun panneau, aucune lumière, aucune affichette avec les horaires d'ouverture, rien. Je suis vraiment confus. Je me dis que cette petite application de merde était en fait, réellement, de la grosse merde.

J'essaye de retrouver mon calme et je commence à regarder autour de moi. 
Je vois la bouche du métro de la ligne 2. J'essaye de me visualiser à la sortie de l'arrêt suivant, de regarder autour de moi et de trouver un vendeur de journaux. Je n'arrive pas à me le représenter, mais je crois qu'il y en a un; c'est pratiquement une évidence. 
Je lève la tête et je vois le Boulevard de la Villette: “On vient juste de commencer l'année… souviens-toi de tes résolutions.”
Je me dis qu'après tout, Belleville n'est pas si loin que ça. Je pourrais quand même marcher encore un peu. Il fait froid, j'ai pas de téléphone, pas de musique, mais ça me fera l'exercice de la journée. Allez.

J'emprunte l'allée piétonne centrale du Boulevard, et c'est parti.
J'avance d'un pas confiant, calme, adouci par l'ambiance tranquille qui règne dans ce quartier. Je vois les marchands commencer à se mettre en place pour le marché: “Putain, les pauvres.”
C'est long, quand même, ce trajet…

Ca y est, je dois être à mi-chemin: les putes aux yeux bridés commencent à m'accoster, c'est Belleville, je me rapproche du but.
Au loin, je vois de la lumière, des panneaux publicitaires en mouvement, il y a de l'activité, c'est certain!
J'aperçois le kiosque, j'aperçois du monde… putain, y'a déjà la queue. Merde.

Je m'approche et j'essaye de comprendre ce qu'il se passe: il y a un mec avec une caméra, des gens confus un peu partout, des gens qui arrivent en vélo, en scooter… d'autres garent carrément leur moto au milieu des étalages, c'est le bordel.

Je me mets dans la queue, j'entends les commandes qui passent: “Ouf, c'est bon, il en reste!”. Il est 6h18.
Arrive mon tour, je lui en demande quatre. Le kiosquier éclate de rire et me répond que je suis en train de rêver, et qu'il sera déjà sympa de m'en filer deux. Bon ok, ça fait chier d'avoir fait tout ça pour deux pauvres journaux mais soit, j'accepte et je lui tend ma carte de crédit. Il éclate de rire à nouveau et me dit qu'il n'accepte que le cash. Evidemment. Putain.

“Est-ce que je suis con? Ou, est-ce que je suis VRAIMENT con??
On est pas aux Etats-Unis ici!”

Je lui demande où est-ce que je peux aller retirer et il me dit que je peux retirer dans le quartier. “Ok… Merci.” 
Je lui demande poliment s'il peut m'en mettre deux de côté le temps que je fasse l'aller/retour, et là je crois lui avoir asséné le coup fatal. Il a haussé les épaules et m'a transpercé d'un regard qui ne nécessitait aucun mots pour être compris: “Bon, gamin. Là tu me gonfles, tu te casses et tu te démerdes.”

Le mec derrière moi m'indique sympathiquement que je peux trouver un distributeur “un peu plus haut, après la rue”. Je ne cherche pas à comprendre, je le remercie et je fonce. Je fonce putain, je fonce.

Je cours toujours… je m'essouffle; j'en peux plus. J'ai fait 200m.
“Putain, Belleville c'est comme Ménilmontant, ça monte et ça monte et ça monte, y'a que des épiciers et des boutiques chelou ici.”

Je croise un mec, je commence à engager la conversation pour lui demander où se trouve le distributeur qui se trouve “un peu plus haut, après la rue”. Le mec ne s'arrête même pas et me parle alors qu'on se croise, lui en descente, et moi en pleine remontée de la rue de Belleville: 
“-Je connais pas très bien ici, mais y'en a deux au bout, à Pyrénées.
-A PYRENEES ??!?!!!?!”

MAIS PUTAINNNNNNNN !!!!!!!!!!! Je vais crever. 
J'étais à bout de souffle, clairement pas préparé pour marcher, courir, transpirer, et galérer autant en sortant de chez moi il y a 40mn. Qu'est-ce que j'avais été naïf !

Je fais des exercices de respiration pour me calmer, et je continue mon ascension du mont Everest. 
Le manque d'oxygène devient palpable à cette altitude.

J'arrive à Pyrénées, il est 6h30. J'aperçois les distributeurs de billets, de l'activité, et un tout petit kiosque: “Ca doit ressembler à ça, le Paradis.”
Je retire 20 balles et je me mets dans la queue du petit marchand de journaux.
Les gens me paraissent mous, bêtes, et confus à la fois. Je n'arrive pas très bien à savoir ce qu'il se passe ici: personne n'avance, la vendeuse discute, papote, raconte sa vie à tous les gens qui viennent lui acheter un Charlie Hebdo. 
Je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas: “Putain, comme si j'avais que ça à foutre, bordel! *je souffle, fort* Accélère, grognasse!” Elle ne m'a pas entendue. Je reçois un mélange de regards froncés au loin, et d'autres amusés, plus proches. Je choisis de faire un clin d'oeil à ceux qui auront partagé mon superbe avis; on se fait potes, l'espace de deux minutes.

C'est mon tour, elle commence à me taper la tchatche, je lui raconte que j'ai pas le temps et que je veux juste deux Charlie Hebdo. Elle me répond qu'elle n'en vend qu'un par personne, et me demande 3 euros.
Je le plie sous mon bras et je me casse en vitesse. Je reprends la rue de Belleville, mais dans l'autre sens cette fois-ci, et je la dévale comme un dératé. Ca fait du bien aux jambes de courir en descente, on dirait presque que je suis en train de regagner de l'énergie.

J'arrive à nouveau à Belleville, y'a le même mec que j'ai saoulé tout à l'heure derrière son comptoir, et il lui reste encore une pile de Charlie Hebdo. Top. Je vais me la jouer intelligemment, je range mon journal sous ma polaire et je me remets dans la queue.
“- Bonjour Monsieur, deux Charlie Hebdo s'il vous plaît!
- Ca fera 6 euros.
- Tenez, voilà, merci, et bonne journée!” Connard.

Je me mets un peu à l'écart, je sors mon autre journal de sous mon pull, je mets les trois ensemble et je les roule de manière à ce que le vert criard de la couverture ne soit pas visible.

“Bon, et maintenant, je fais quoi?”
Il est 6h35, je galère depuis bientôt une heure, mais j'ai mes deux exemplaires pour mon père, et un pour moi au cas où je décide finalement de le lire.
Je me dis qu'après toute cette épopée je n'arriverai jamais à me rendormir, donc autant profiter de ces quelques heures supplémentaires dans la journée pour faire quelque chose de productif.

Je vois la bouche de métro de Belleville: "La ligne 2!“
C'est à ce moment là que je réalise qu'il faudrait vraiment que je me remette au sport régulièrement en 2015 parce que ma condition physique —alors qu'en plus je suis non-fumeur!— commence à craindre, grave. 
J'ai quand même déjà bien commencé mon année, alors je m'autorise à prendre le métro pour un arrêt, et retourner à mon objectif de départ: la Place du Colonel Fabien.
Je descends dans l'antre humide et glauque de la station de métro, et décide de sauter le passage en caisse, évidemment. Je ne vais pas payer 1,80€ pour faire 500m dans un wagon dégueulasse. 
Le mec devant moi me voit enjamber la roulette et puis me tient la porte. Normal, ici c'est Paris.

Une station plus tard, je descends du petit train vert, je remets mes journaux sous ma polaire —sait-on jamais—, et je remonte à la surface: le kiosque est toujours fermé. Il est 6h40. "WHAT THE FUCK??”

Y'a un homme devant, je m'approche et je commence à discuter avec lui. Nous sommes tous les deux confus, et il me raconte qu'il a entendu à la radio que tout Paris était déjà dévalisé, qu'il était passé à la Gare du Nord et qu'à 5h50 il n'y avait déjà plus de Charlie Hebdo, mais ça, je le savais déjà. Je fais mine d'apprendre la nouvelle et je réajuste mes journaux discrètement en croisant mes bras sur ma poitrine pour ne pas qu'ils tombent par terre.

Une vieille dame arrive à ce moment-là et commence à nous tailler la bavette. Elle a une voix rauque, saccadée, et très, très irritante. J'en avais déjà marre de l'entendre parler au bout de 20sec mais je me retiens de dire quoi que ce soit. Après tout, c'est une vieille dame, elle doit probablement vivre seule avec ses chats et commencer à perdre la boule. Je m'imagine sa petite vie dans son petit appartement de son petit quartier des Buttes-Chaumont. Ca me fait de la peine, alors je cause avec elle pour lui tenir compagnie.
Elle nous raconte qu'elle est passée hier se renseigner, qu'elle connait bien la marchande de journaux (encore une!), et qu'elle lui a dit qu'elle ouvrirait à 7h aujourd'hui.
Je salue mes deux nouveaux amis et je leur dit que je vais m'installer prendre un café en attendant que le dispensaire soit ouvert. Eux, restent au garde-à-vous devant le kiosque sans lumière, sans vie, dans le froid parisien de la grande place vide.

Je rentre dans le café du coin, et là, forcément, je tombe nez-à-nez avec les habitués du quartier, accoudés au bar.
“Charlie Hebdo! Hahahaha! Tu te rends compte quand même, les rigolos! Apparemment ils ont dit que tous les gens qui allaient l'acheter aujourd'hui l'achetaient pour la première fois de leur vie!”
Je veille à ce que mes journaux soient toujours bien cachés et bien en place sous mes fringues. Je ne me sens absolument pas concerné.
Je commande un café-croissant et demande à m'installer en terrasse.

J'essaye de trouver une chaise et de me m'asseoir de sorte à avoir le kiosque dans mon champ de vision, mais c'est impossible. Ca n'a pas d'importance, après tout, que pourrait-il bien se passer en l'espace de 10mn?

Mon café-croissant met du temps à arriver, j'en salive. J'ai le ventre vide, je cours partout comme un fou depuis une heure, je suis claqué.
Lorsqu'il arrive, je ne fais qu'une bouchée de mon croissant, et bois mon expresso cul-sec. Je règle dans la foulée et retourne devant le kiosque, il est 6h55.

Les deux compères de tout à l'heure sont toujours là, bien devant la porte fermée d'un cadenas, mais il y a déjà 15 personnes derrière eux, qui ont essayé de former une file d'attente sensée. J'ai dis essayé.

Le messie arrive avec sa clef et ouvre sa petite boutique, commence à déballer des cartons sur les étalages, tout le monde s'impatience. C'est le même bordel qu'à Belleville, les gens s'agglutinent, les motos montent sur le trottoir, les voitures se garent en double-file, et là, la vendeuse crie en notre direction: “Ne vous excitez pas! De toute manière je n'ai pas encore été livrée!”
Panique générale.
Tout le monde avait déjà fait la queue dans d'autres endroits à Paris mais en vain, c'était la pénurie de Charlie Hebdo partout sur la capitale.
Plus que jamais, je protégeais mes précieuses copies sous mes vêtements, tout en me joignant à la protestation de mes voisins qui cherchent une explication à cette hystérie.

“On veut notre Charlie Hebdo! On veut notre Charlie Hebdo!!”

Finalement, 15mn plus tard, la grosse maline avait simplement essayé de détourner l'attention de son stand, pour avoir la paix lors de sa mise en place, et avait réservé le carton du Charlie pour la fin! Bien joué.
La file se remet en ordre, et tout le monde s'impatiente. Elle a l'air déjà épuisée, et n'a pas l'air de se réjouir de la journée à venir. Elle nous raconte que tous les bénéfices iront au journal et qu'aujourd'hui elle travaille pratiquement bénévolement. Les salauds!
Le premier demande plusieurs journaux. La kiosquière lui demande combien de gens font la queue: “Au moins une quarantaine!” lui répond-il. Du coup, elle assure qu'elle n'en vendra qu'un par personne pour l'instant, de manière à satisfaire tout le monde.

Arrive mon tour, je demande gentiment mon unique Charlie Hebdo et lui tend 3€: j'étais rôdé. 
Avant de partir je lui demande s'il est possible d'en acheter un deuxième pour mon père qui est aux Etats-Unis, ne lui laisse pas le temps de répondre, et lui propose très poliment de refaire la queue, afin de ne pas semer la confusion parmi les personnes présentes et de rester honnête dans ma démarche. Elle accepte. Je prends mon Charlie sous le bras, et m'en vais au bout de la file pour m'y réinstaller.

A peine le temps de plier le journal de manière à camoufler la couverture qu'une folle-dingue débarque de nulle part et hurle devant tout le monde que j'ai déjà eu mon Charlie Hebdo, et qu'elle ne “comprend pas” pourquoi elle devrait “faire la queue comme tout le monde” car Elle a “réservé” !
Ok. C'est une demeurée. Elle se fait remettre à sa place instantanément par les gens autour de nous.

Néanmoins, je décide de ne pas mettre de l'huile sur le feu et m'éloigne quelques moments. Je me débrouille pour trouver un renfoncement calme et à la vue de personne pour rajouter mon nouveau journal à ma pile sous mon pull. C'est donc mon quatrième. Belle collec’ !

Je me replace discrètement en bout de file, aucune personne proche de moi ne sait qui je suis, alors je suis safe.
Cinq minutes plus tard, c'est mon tour à nouveau: “Bonjour Madame, un Charlie Hebdo s'il vous plait!” Je lui glisse un clin d'oeil en même temps que les 3€. Elle me sourit et me le tend. Je la remercie, et lui souhaite beaucoup du courage pour cette journée.

J'ai traversé la place, ça y est, je rentre chez moi, il est 7h40. 
Il fait encore nuit, et je trouve une petite ruelle tranquille à l'abri des regards indiscrets pour sortir tous mes journaux et contempler mon trésor:
“1, 2, 3, 4, 5… Putain, bah je me suis quand même bien gavé.”

Dark Times Are Coming

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